dimanche 7 février 2010

mardi 9 février - lourdes : ses cierges, ses anges, ses accordéons

J'avais dit le jeudi 4 février [Mémento] ma surprise, un peu, et ma déception, beaucoup, de n'avoir pas croisé ne serait-ce que l'ombre d'un accordéon à Lourdes. Pour ne pas rester sur cet échec, j'ai décidé de faire une petite recherche sur Google.



- "Lourdes accordéon" m'a permis de voir qu"il y avait un Accordéon Club Lourdais. Plusieurs adresses permettent à l'amateur d'accordéon curieux de savoir ce qu'il en est dans la cité mariale de trouver toutes les informations souhaitables. Parmi tous les documents disponibles, j'ai retenu, sur YouTube, une interview exclusive de l'ancien président et de la nouvelle présidente qui se confient à un journaliste local à l'occasion de la passation de pouvoir.


http://www.youtube.com/watch?v=whpHz34t47A



- "Lourdes cierges" m'a permis d'en savoir un peu plus sur l'industrie du cierge autour de la grotte. Sur cette question, je ne saurais trop vous encourager à aller voir ce que propose Google. On apprend par exemple que le commerce des cierges est le monopole d'une famille de Lourdes, la famille Douste-Blazy. Je n'aurais jamais pensé que ce commerce soit l'apanage d'une famille, de personnes privées donc ; j'imaginais qu'il s'agissait d'une gestion par une régie ou par quelque association de la ville et de l'Eglise. Douste-Blazy, ce nom évidemment vous dit quelque chose. Philippe Douste-Blazy, aujourd'hui éminent représentant de la France à l'ONU, a été en d'autres temps Ministre de la Culture. Franchement, je ne me souviens plus des décisions qu'il a prises et de la politique qu'il a menée, mais je n'ai aucune raison de penser qu'elles n'ont pas été importantes pour les acteurs de la culture et pour le rayonnement de notre pays. Tout me porte à croire au contraire qu'à l'instar des autres ministres de la Culture il a laissé lui aussi des marques indélébiles dans l'univers de la création. Mais, on voudra bien m'en excuser, je ne me rappelle plus lesquelles. En tout cas, je souhaite que le lien ci-dessous vous incite à explorer l'univers du cierge lourdais. Vous verrez par exemple comment vous pouvez moyennant finance acheter un cierge et le faire brûler sur place pour le salut de votre âme. Je n'ai pas vu si une commande groupée pouvait permettre d'en négocier le prix.
Vous apprendrez que le métier de "feutier" n'existe qu'à Lourdes. Ce mot, que je n'ai pas trouvé dans le Petit Robert, désigne l'activité du préposé, de l'armée de préposés, qui chaque jour installent les cierges dans les brûloirs et qui nettoient chaque soir la cire fondue pour la recycler.

http://www.linternaute.com/savoir/magazine/photo/lourdes-150e-anniversaire-de-l-apparition-de-la-vierge/les-marchandes-de-cierges.shtml


Mais ce n'est pas tout. En poussant mes investigations, j'ai trouvé une offre délicieuse et du meilleur goût : lot de 3 anges à suspendre, 13 cms, résine polychrome + dorée.

http://www.priceminister.com/offer/buy/90807549/lot-de-3-ange-a-supendre-13cm-resine-polyc-doree-accordeon-decoration.html

Ce sont des anges musiciens et, comme on peut le voir, ils jouent de l'accordéon, instrument finalement peu représenté dans l'iconographie religieuse.



samedi 6 février 2010

lundi 8 février - maliétès

Il y a quelques jours, suivant une habitude qui a pris forme de rituel, nous avons chargé dans la voiture les commissions que nous avions faites à l'hypermarché, puis nous sommes revenus parcourir les rayons de cds du "Parvis" à la recherche d'un éventuel disque d'accordéon. D'abord un coup d'oeil aux soldes. Rien de nouveau. Ensuite, Françoise repère le dernier opus de Claude Nougaro, "La note bleue". Un album Blue Note (875661). Le dernier rêve de Nougaro, mais quel rêve ! Avec Belmondo, Cassar, Ceccarelli, Nathalie Dessay, Di Battista, Legnini, Veras, et bien d'autres encore, notamment Suarez au bandonéon et la voix, superbe, de Linx. Un album magnifique et émouvant.

Et puis, comme nous parcourons le rayon improbable des musiques du monde, mon attention est attirée par une couverture faite d'un montage tête-bêche de deux photographies : une ville, vue d'avion, au coucher du soleil / quatre jeunes jouant autour d'un but de football avec, comme décor, les tours d'une cité. A mi-hauteur, à gauche, un nom "Maliétès".

Françoise me dit qu'elle connait ce groupe, qu'il s'est produit il y a peu à Toulouse. Elle ajoute qu'il y a un accordéoniste qui lui a semblé très présent et qu'elle a eu plaisir à écouter. Et en effet une écoute des extraits de chaque titre à la borne de lecture suffit à nous convaincre qu'il s'agit d'un disque qui va nous plaire. Les musiciens sont au nombre de six :

- Yves Beraud, accordéon, saz, baglama, chant
- Lior Blindermann, oud, chant
- Emmanuel Hoseyn During, violon, alto, cümbüs
- Etienne Gruel, daf, rek, zarb, darbouka, tapan, zila
- Cem Güner, kanun, chant
- Nicolas Beck, contrebasse, tarhu

Un livret très bien fait avec, pour chaque titre, une fiche signalétique succincte, mais très explicite : thème et caractéristique musicale. Un texte de présentation, signé Sami Sadak, ethnomusicologue de l'université de Provence. Quelques paragraphes très documentés qui permettent de situer parfaitement la musique de "Maliétès". Je retiens qu'il s'agit d'une musique d'Asie Mineure, résultat du croisement et de la reconnaissance mutuelle de musiques grecques et turques. Je retiens que "la variété rythmique propre à ces répertoires nous fait entrer dans l'univers des rythmes asymétriques, rythmes impairs ou boiteux dits aksak, qui poussent à la danse et nous rappellent que les Balkans ne sont pas loin. Maliétès illustre à la perfection cette tradition musicale urbaine d'Asie Mineure". Je retiens enfin que la musique de ces six musiciens explore un espace à l'intersection de la tradition, perpétuée par un travail de collectage, et de la création, illustrée par la liberté des interprétations.

Il existe aujourd'hui beaucoup de formations qui se réclament ou s'inspirent de la musique des Balkans et cet ancrage sert parfois à présenter leurs disques de manière un peu racoleuse ou dithyrambique à l'excès. D'où, de ma part, une certaine méfiance. Mais ici, en l'occurrence, on a affaire à un opus qui a valeur de référence. Et comme de surcroit l'accordéon y tient un rôle essentiel, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

- "Maliétès", Maliétès 2009, L'assoce picante ; distribution L'autre distribution. 60:00. Enregistrement, avril 2006. Mixage, septembre 2006.

Bon, il est temps de décharger les sacs biodégradables "Leclerc" de la voiture, d'en répartir le contenu dans les réfrigérateurs et les placards ad hoc, de défaire les emballages et de les porter dans le conteneur tout aussi ad hoc du tri sélectif. Ce sont certes des tâches vitales, mais un peu répétitives. Chaque fois, au retour de ces marchés, mon étonnement est toujours aussi innocent. Je me dis :"Qu'est-ce qu'on bouffe !". Et tout en prenant ma part de la corvée, j'ai une pensée reconnaissante et émue pour Françoise qui, chaque jour, deux fois par jour, trouve assez de ressources créatives pour imaginer de si bons repas.

dimanche 7 février - serge gainsbourg

Comme je parcourais le "Serge Gainsbourg", numéro 184 dans la collection de poche "Chansons d'aujourd'hui", Seghers éditeur, 1969, présentation par Lucien Rioux, j'ai retrouvé pages 171-172 ce texte de 1962, "L'accordéon" publié aux éditions Bagatelles. En le lisant, j'entendais dans ma tête la version de J. Mahieux (chant, batterie), D. Roussin (guitare électrique), Y. Torchinsky (contrebasse), 2:58, Paris Musette, volume 1, La Lichère, 1990. Le livre fermé, cet air continue à m'obséder.


Dieu que la vie est cruelle

Au musicien des ruelles

Son copain son compagnon

C'est l'accordéon

Qui c'est y qui l'aide à vivre

A s'asseoir quand il s'enivre

C'est y vous, c'est moi, mais non

C'est l'accordéon


Ils sont comm'cul et chemise

Et quand on les verbalise

Il accompagne au violon

Son accordéon

Il passe une nuit tranquille

Puis au matin il refile

Un peu d'air dans les poumons

De l'accordéon


Quand parfois il lui massacre

Ses petits boutons de nacre

Il en fauche à son veston

Pour l'accordéon

Lui, emprunte ses bretelles

Pour secourir la ficelle

Qui retient ses pantalons

En accordéon


Mais un jour par lassitude

Il laiss'ra la solitude

Se pointer à l'horizon

De l'accordéon

Il en tirera cinquante

Centimes à la brocante

Et on f'ra plus attention

A l'accordéon


Accordez

Accordez

Accordez donc

L'aumône à

L'accordé

L'accordéon.




samedi 6 février - lourdes : six photonotes

Lourdes est une ville qui me fascine. Tout y est démesuré. Au moment des grandes processions, trop de monde, trop de malades, trop de soutanes et de cornettes. On est pris dans les mouvements de foule comme dans les baïnes de la côte landaise, ces courants parallèles à la plage qui vous entrainent inexorablement vers le large dès lors que vous avez eu l'imprudence de vous y aventurer. Entre les rassemblements religieux, le vide. Vide des rues, vide de l'esplanade, vide de la basilique souterraine, belle comme un parking déserté. Entre le trop et le vide, rien ou presque rien : des touristes et non plus des pélerins, qui errent comme des âmes en peine. Ici ou là, immobile comme une statue, un pénitent venu d'ailleurs prie au pied d'un saint ou de sainte Bernadette... Lourdes est une ville de montagne. Il y fait trop chaud en été et trop froid en hiver.

Lourdes me fascine par son fonctionnement. Ce qui s'y passe est un modèle de processus alchimique et un modèle de mouvement perpétuel.

Je m'explique. Modèle de processus alchimique ? On sait que le travail alchimique a pour but de transformer le plomb en or au terme d'un processus d'une infinie patience. Ici, on a affaire à une variante moderne : il s'agit de la transmutation quasi instantanée du plastique en fric. De nuit, quand les pélerins dorment, harassés par leurs chemins de croix, des camions livrent au poids leur marchandise : statuettes de la Vierge, images pieuses, gourdes pour recueillir l'eau de la grotte, etc..


Le matin, aux premières heures du jour, toutes ces choses sont installées, offertes aux croyants qui y voient des figures saintes. Miracle de la foi, miracle de la rencontre du commerce et de la piété.

On a peine à en croire ses yeux. Une armée blanche et bleue est en ordre de marche, prête à envahir la planète.

D'autre part, Lourdes, c'est aussi un modèle de mouvement perpétuel. La rencontre du développement durable ou infini et de l'éternité. Les gens achètent des cierges et les déposent dans des bacs. Des employés viennent les y chercher et les installent dans ces drôles de baraques où ils se consument, flammes fragiles mais tendues vers les cieux comme des âmes aspirées par leur foi. Notons qu'à Lourdes tout est multiple : c'est pourquoi je ne parle pas du ciel, mais des cieux.



L'armée des cierges, elle aussi, est en marche.


Mais je parlais de développement durable et de mouvement perpétuel. Je m'explique. L'image ci-dessous n'est pas celle d'un barbecue et la flamme des cierges n'a aucune fonction culinaire. Il ne s'agit pas ici de rôtisserie. Non, on voit ici la cire des cierges qui se dépose au fond de réservoirs ad hoc. Des employés viendront bientôt la ramasser et l'emporter dans des sortes de remorques jusqu'à des ateliers où, purifiée et moulée, propre comme un sou neuf, elle reprendra forme de cierges. Lesquels cierges seront installés en bon ordre dans des présentoirs où, moyennant finance, les gens pourront les prendre pour aller les déposer dans des bacs, où des employés viendront les chercher, etc... etc... etc... Vous comprenez pourquoi je parlais de mouvement perpétuel. Le cierge est une pompe à fric indéfiniment renouvelable. Pour ceux qui en douteraient encore, comment ne pas voir que c'est cela le miracle de Lourdes. Et c'est pour cela que cette cité me fascine.







samedi 6 février - zaza à pau : six photonotes

Zaza, solo ou presque. Zaza avec son Cavagnolo et son micro. Main gauche, trois doigts sur le clavier. Main droite sur l'oreille ou sur le micro. Zaza chante. Zaza la blonde. Zaza chanteuse réaliste, ou presque. Entre gravité et légéreté : "Mademoiselle".

Zaza a soif. Elle se désaltère. La carafe comme un haltère. [Je découvre en consultant le Petit Robert qu'au singulier le mot haltère est du masculin]


La scène avec "Zaza" qui clignote et son guitariste. Sur la table, un vase de fleurs, point fixe coloré, rappel des couleurs explosives sur fond noir de la robe de Zaza.


Zaza et son guitariste. Leur couple me fait penser aux Rita Mitsouko, à Catherine Ringer et Fred Chichin. C'est le moment d'évoquer Elvis Presley.



J'aime bien cette image. Elle n'est certes pas techniquement réussie, mais elle a une âme. Du moins pour moi. Mouvement, couleurs, posture et regard de Zaza ; l'accordéon et le micro. Tout cela me convient.

A propos de Zaza Fournier, on peut lire un entretien très intéressant, mené par Francoise Jallot, dans le numéro 89, septembre 2009, de "A&A", pages 37 à 39, et une chronique sur son disque, page 64 du numéro 85.





vendredi 5 février 2010

vendredi 5 février - stéphane delicq est mort

Françoise écoutait "Douce" de Stéphane Delicq. Il était 23 heures 47. Elle me dit :"J'écoute "Vivre" de Delicq. C'est le titre 8 :"Vivre (valse à cinq temps) de "Douce". C'est vraiment beau...".

J'entends le bruit des touches de son ordinateur. Elle me dit :"Je vais faire un tour sur son site".

"Oh ! Il est mort ! Viens voir !". Sur la page d'accueil de son site, quelques mots sur fond noir :"Mercredi 3 février 2010. La nouvelle est tombée, notre coeur brisé. C'est avec douleur qu'on vous fait part de la disparition de notre cher Stéphane".

Notre tristesse est immense. Nous pensons à lui, à l'oeuvre magnifique qu'il aurait pu créer. Nous pensons à tous ceux qui lui étaient chers et à son absence.

Nous écoutons "Vivre". C'est notre manière de lui rendre hommage.

jeudi 4 février 2010

jeudi 4 février - mémento

-Bonjour ! C'est moi ! Tu as un peu de temps ?
- Oui...
- Je suis vachement excité : je viens d'acheter un poste de radio chez les Emmaüs. Il me tarde de le montrer à Françoise, mais comme je passe près de chez toi en rentrant à la maison et que j'aimerais connaitre ta réaction, tu pourrais m'offrir une bière et, par la même occasion, j'aurais beaucoup de choses à te raconter. Si tu as du temps...
- Je t'attends.
[Quelques minutes plus tard.]
- Tu vois l'engin ?
- Putain, c'est un vrai camion !
- Bon, je le garde pour la fin. Commençons par le commencement. J'ai titré :"Mémento". Prenons les choses dans l'ordre chronologique. Lundi soir, autour de minuit, en surfant sur le web, j'ai croisé un site que j'avais déjà visité en survol, celui de Philippe Borecek. J'ai eu envie de lui commander directement le cd correspondant à l'image ci-dessous, je lui ai envoyé un courriel, mais il m'a répondu par retour du courrier qu'il s'agissait de son affiche de concerts et qu'il n'avait pas encore fait d'enregistrement pour un disque. Dommage. Je reste vigilant ! Et j'ai bien l'intention d'écouter ce que je pourrais écouter de lui que ce soit sur Myspace, sur YouTube ou sur tout autre site du même type.
- Attends ! Je note. Tu as dit Borecek, B.O.R.E.C.E.K ?
- C'est ça !...

... Je continue. Mardi soir : concert de Zaza Fournier au Théâtre Saint Louis. Placement libre. Début à 20h30. On a acheté les billets à la Fnac. On est devant la porte d'entrée à 19h40. C'est comme ça qu'on pourra s'installer au premier rang, au milieu.
- Vous avez dû vous cailler le poil.
- Tu parles si ça pelait. Mais ça valait la peine. On a passé un bon moment. Zaza a une voix agréable ; elle occupe bien l'espace ; ses chansons, même si je n'ai pu saisir au vol toutes les paroles, sont bien faites et les thèmes intéressants. Et puis elle a un Ipod et un accordéon. De l'accordéon, elle en joue finalement assez peu. Je crois qu'il la rassure. Il est là, présent et peut-être même un peu encombrant, et cette présence imposante et tranquille est comme un compagnon. Je ne sais pourquoi, mais j'ai le sentiment qu'elle sera bientôt à la croisée des chemins : ou elle jouera vraiment de l'accordéon, y compris pour des instrumentaux, ou elle se cantonnera au rôle de chanteuse accompagnée par des musiciens. Entre parenthèses, son guitariste m'a bien plu.

- Si elle se produisait dans la région, vous iriez la voir et l'écouter à nouveau ?
- Oui ! Son spectacle est bien fait. Et puis je dois dire qu'elle ne manque pas d'humour. En tout cas, le public était ravi et il lui a manifesté son contentement...

... Je continue. Mercredi matin, j'ai exploré systématiquement "Philippe Borecek" sur Google. Comme il ne se produit pas dans le sud-ouest, j'aimerais vraiment qu'il sorte un cd. On a mangé assez tard à cause de mon exploration et parce que Françoise était tout entière occupée par l'écriture d'un texte. Tu connais son blog "Aimez-vous Galliano ?"
- Bien sûr... Je lui envoie même régulièrement des commentaires. Tu pourras vérifier.
- Bref, on a mangé tard. Sur le coup de deux heures et demie, on se rend compte que le ciel est d'un bleu insondable, que la neige brille sur les sommets, comme dans les chromos de cartes postales, et que le thermomètre sur la terrasse, à l'ombre, affiche 14°. On ne va pas rester là comme deux vieux croûtons. Oui, mais... Où aller ? Revoir les vignoble de Jurançon ? Quand, tout à coup, mon inconscient me dicte la réponse : "Lourdes". Un peu perplexe d'abord, Lourdes en février, quelle idée ? Je me dis que la suggestion vient directement de "L'accordéon liturgique". Où trouver plus liturgique que Lourdes ? C'est dit. En route pour aller boire un thé ou un chocolat dans la cité mariale, près de la grotte où Bernadette a eu ses visions.
- Vous êtes allés boire un thé à Lourdes ?
- Même pas... Tous les bistrots, cafés et autres troquets étaient fermés ou en rénovation. Mais, je te le rappelle, entre Pau et Lourdes il n'y a que quarante kilomètres.
- J'espère que tu as rencontré au moins un accordéon... même pas liturgique.
- Même pas. On a croisé deux types qui faisaient la manche au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, mais ils ne jouaient même pas du pipeau. Peut-être des moines de quelqu'ordre mendiant. Mais tu sais que Lourdes, surtout hors saison des processions, me fascine. J'ai fait quelques photographies - je te les montrerai - d'accumulations de Vierges, de gourdes, de Bernadettes, de Christs en croix, de médailles, etc... Peu de magasins étaient ouverts, beaucoup d'hôtels étaient en travaux. Près de la grotte, des montagnes de cierges qui attendent d'être consumés. Image connue. Mais, plus étonnant, cette vitrine où trônent de gros cierges, des cierges hors norme. En observant attentivement celui de droite, on peut lire : 20 kilos, 150 euros.
- !!???
- Comme tu dis !...


... Je continue. En fin d'après-midi, vers six heures, je suis allé à l'école supérieure des arts et de la communication de Pau voir une installation sonore réalisée par des étudiants à partir d'un atelier animé par un artiste invité. Des objets en quantité. Encore des accumulation : ordinateurs les tripes à l'air, baffles, haut-parleurs, micros de toutes sortes, capteurs, fils de toutes dimensions, objets sonores, amplificateurs, etc... En sortant, je remarque un post-it déposé par une étudiante, qui fait appel aux bonnes âmes qui pourraient lui donner des parapluies, même hors d'usage.
- J'en ai au moins deux... Ce serait une bonne occasion de m'en débarrasser. Je les ai mis de côté avec d'autres choses que je comptais faire emporter par les Emmaüs...
- Je continue... Cet après-midi, vers trois heures, je suis passé à l'école pour y déposer, anonymement bien sûr, trois parapluies que Françoise a tiré de ses réserves. Difficile de s'en séparer, car chaque parapluie, même cassé, est chargé d'affectivité. Et là, je me suis dit qu'il devait y avoir des tas de parapluies chez les Emmaüs. Toujours l'accumulation : Lourdes et ses objets pieux, Emmaüs et ses objets improbables. Eh bien, des parapluies, je n'en ai pas vu. Pas un seul ! Mais, en parcourant les hangars où s'entassent valises, portables, chargeurs de toutes marques, orgues, fauteuils roulants, ordinateurs, imprimantes, écrans, amplificateurs, baffles, bidets et lavabos, fauteuils et chaises, vélos et appareils de musculation, appareils de photographies, masques nègres, vases, assiettes et verres, jouets mécaniques et poupées, etc... etc... En parcourant donc ces lieux organisés par quelque nouveau Prévert, tout à coup - un éclair - je l'ai vu flamboyant dans la grisaille des machines électronique... J'ai demandé s'il fonctionnait. Le compagnon m'a répondu affirmativement, sauf le lecteur de cassettes. Le mécanisme est cassé, m'a-t-il dit, mais la radio marche bien. Et en effet, France Inter, France Info, RMC "sortaient" de ce juke-box sans un parasite.
- Tu l'as payé combien ?
- Vingt euros !
- Ah !!... ???...
- Comme tu dis.

Comme je rejoignais ma voiture, trois compagnons occupés à décharger le coffre d'une voiture se sont interrompus. Ils m'ont dit :"Ah, c'est vous qui l'avez acheté ! On l'a reçu hier... Il est beau !"
Leurs yeux brillaient. Comme des enfants. Moi, à mon tour, comme un enfant :"La radio marche !"...

Quand je suis arrivé à la maison, Françoise, absolument pas surprise, encore moins étonnée, m'a dit :"C'est sûr, il est beau... Où tu comptes le mettre ?". La question qui tue !