lundi 15 janvier 2018

lundi 15 janvier - à propos d'"aujourd'hui"...

Je me suis souvent référé, au fil des articles de ce blog, à deux notions que j'emprunte à Roland Barthes, respectivement studium et punctum. Disons, en quelques mots, que ces deux notions définissent les caractéristiques que l'on attribue à une œuvre que l'on reconnait comme étant une création artistique. Eh bien, il se trouve que ces deux notions me paraissent effectivement s'appliquer parfaitement à "Aujourd'hui".

Une idée ou, si l'on veut, un concept qui structure l'ensemble des morceaux : un parcours suivant différents sites de Souillac à différents moments de la journée, qui enchaine dix-sept pièces, comme des pièces d'un puzzle. Dix-sept rencontres. Une idée intéressante : studium. Mais aussi punctum, des émotions suscitées par ces rencontres avec leur part d'attendu et d'inattendu.

Deux volets : intérêt intellectuel et émotions impromptues. Voilà pourquoi "Aujourd'hui" est une vraie réussite.

dimanche 14 janvier 2018

dimanche 14 janvier - "aujourd'hui"

Vendredi, 18h30. On retrouve nos pénates à Pau après trois jours d'absence. Dans la boite à lettres, les pubs habituelles, le courrier ordinaire et... une enveloppe dont la rigidité laisse supposer qu'elle contient un cd. Perplexité, car nous n'attendons aucune commande ni aucun envoi à venir. Surprise d'autant plus agréable que l'adresse de l'expéditeur au verso n'est autre que celle de Florian Demonsant. Surprise d'autant plus plaisante qu'elle découle d'une souscription pour un disque de Florian et Ferdinand Doumerc dont l'enregistrement était prévu pour le premier semestre 2014.  Inutile de dire à quel point cet envoi nous met en joie...


Après trois écoutes attentives d' "Aujourd'hui". Trois écoutes, assez pour se forger une première impression ; trois écoutes, pas assez, forcément, pour dépasser le stade de la première découverte. De ces premières écoutes donc, je retiens que ce disque est pour moi une sorte de cheminement d'inventions en inventions localisées et contextualisées.

Les dix-sept pièces de l'album ont en effet été enregistrées à Souillac - "dans" Souillac peut-on lire sue la couverture verso - du 24 au 26 juillet 2014. Enregistrées donc en un site précis géographiquement et dans des lieux définis et identifiés localement. Par exemple, une grotte, une crèche, une place, une autre place, encore une autre place, une maison de retraite, un train, etc... etc...  
Qui dit enregistrement, dit tout aussitôt un preneur de sons. C'est ainsi que l'album a trois auteurs : Florian Demonsant, accordéon, Ferdinand Doumerc, saxophone et Patrick Faubert, prise de son ou, pour ainsi dire, capture et mise en scène des instants sonores que le trio croise dans sa déambulation.

L'idée fondatrice de l'album : déambulation dans Souillac et, chemin faisant, un parcours de rencontres sonores, d'improvisations et de morceaux plus ou moins déjà joués, et inscrits ici dans ce parcours chemin faisant, cette idée donc pourrait caractériser cet album comme un album-concept. Ce serait juste à mon sens, mais trop intellectuel. Il faut en effet prendre en compte une autre dimension, complémentaire, la dimension "émotion". Je pense par exemple à la rencontre avec des enfants de la crèche et à leurs applaudissements spontanés : 02, "Moi contre nous", (crèche, fin d'après-midi) ou au titre 10, "En 45 je jouais de ça", (maison de retraite, crépuscule).

Bref, un album surprenant, qui nous tient en haleine par son travail de création sonore et d'enregistrement des sons de la vie provoqués par la présence même des trois créateurs de musique.

Pour l'heure, quelques morceaux me touchent particulièrement à des titres divers : puissance émotive ou idée fondatrice. Je pense, outre les deux titres cités ci-dessus, au 01, "Baleines" : une musique du fond des âges ou du fond des océans ; au 03, "Sous les eaux" : la nature s'éveille au petit matin et le monde prend peu à peu ses couleurs. Mais il faudrait citer encore 06, "Berceuse" pour sa nostalgie et sa mélancolie, ou le dialogue clownesque entre le saxo et le public, 08, " La dégaine", par une chaude soirée sous la halle. Mais, tout en faisant ce choix, je m'avise qu'il faudrait tout citer, notamment le titre 11, pour moi le plus émouvant, "Raisonnable".

Et comment ne pas citer le dernier morceau, de 17, "Aujourd'hui", avec les rires des enfants et leur prolongement par quelque improvisation proprement musicale ?

Au moment de mettre un point final à cet article, je ne sais pourquoi je pense à cet album de Richard Galliano intitulé "Love Day / Los Angeles Sessions", 2008, qui déploie ses douze titres sur douze moments s'une journée, d'"Aurore" à "Crépuscule"... Un concept comparable à celui d' "Aujourd'hui" ; une réalisation forcément très différente.


vendredi 5 janvier 2018

vendredi 5 janvier - post mortem

La scène se passe dans notre bureau. Autour de 18 heures. Entre chien et loup. Je suis devant les étagères où l'on range les cds par ordre alphabétique à l'intérieur des classes suivantes : anthologies ; Piazzolla ; bandonéon ; diatonique ; Galliano ; chromatique ; dvds. Auxquels s'ajoutent quelques cds de musiciens non-accordéonistes, mais que nous apprécions en tant que tels et que nous écoutons régulièrement.

Je suis donc devant ces étagères où sont en principe rangés nos cds de prédilection. En principe, car en fait nous ne remettons pas systématiquement à leur place les cds que nous sommes en train d'écouter en fonction de tel ou tel critère du moment : comparer des interprétations, vérifier telle ou telle observation, s'assurer d'une idée, etc... etc... Tant et si bien que nos disques sont effectivement classés les uns à leur place "normale", les autres à des places plus aléatoires. Les une sont rangés dans l'ordre alphabétique, horizontalement, les autres sont rangés verticalement, empilés, suivant un ordre que l'on pourrait qualifier de désordre. Les uns, on les situe et on les retrouve par méthode, quant aux autres, on les retrouve au feeling ou grâce au hasard. Hasard souvent fécond, plein d'heureuses trouvailles.

Me voilà donc en cet instant, un cd à la main, bien décidé à le mettre à sa bonne place. Je suis là, immobile. Mon regard parcourt les étagères. Il est temps de s'y mettre. Mais souvent, suite à l'achat récent de certains cds, la place manque pour réaliser mon projet. Finalement, de manque de place en manque de place, il faudrait reprendre tout le classement. Tout vider, trouver de la place et tout ranger, de A à Z. Je reste là, perplexe, les bras ballants... Et tout à coup, une idée me traverse l'esprit : tous ces cds, après ma mort... qu'en sera-t-il ? Est-il bien utile et pertinent de vouloir les mettre en ordre ? Qui les récupérera ? Dans quelles conditions ? Pour les installer en quel lieu ?

Autant de questions qui ne concernent pas seulement nos cds, mais qui pourraient s'appliquer à tant d'autres choses, livres ou objets,  choisis un à un comme des jalons de notre vie pour leur plaisir de leur présence. Toutes choses destinées à être dispersées et privées de leur sens. Post mortem.

Comme je raconte cette petite scène à Françoise et mes états d'âme qui vont avec, impassible - ou presque - elle me dit : "Ton problème, c'est de ne pas savoir profiter du présent. Du coup, le passé, sans traces, t'échappe et le futur n'est qu'inquiétudes..."

mardi 2 janvier 2018

mardi 2 janvier - à conilhac un soir d'hiver, richard galliano et didier lockwood...

Un beau texte de Françoise entre description d'un moment rare et méditation sur notre goût partagé pour l'accordéon et le jazz. Un texte de sensibilité et de réflexion qui vaut un détour... En tout cas, un texte bien au-delà de la simple anecdote  et de l'introspection personnelle.  

http://francoise-rebinguet.blogspot.fr/2017/12/a-conilhac-un-soir-dhiver-richard.html

samedi 30 décembre 2017

samedi 29 décembre - rituel de noël...

Noël, c'est le temps des rituels sociaux et familiaux : les cadeaux, le sapin, le réveillon, le choix des vins, le foie gras, le champagne, la bûche, etc... etc... Parmi ces rituels, il en est un, familial, que l'on ne saurait oublier. Il s'agit de ce moment, entre le rôti de bœuf , pommes de terre sautées et champignons, et la bûche, juste avant la découverte des cadeaux déposés entre minuit moins une et minuit une par le Père Noël. Année après années, nous essayons de le surprendre quand il passe chez nous, mais en vain. C'est comme par magie qu'il dépose les paquets sous le sapin illuminé et disparait jusqu'au noël prochain.

Ce moment entre bœuf et bûche glacée est consacré par la tribu à la danse. C'est ainsi que depuis quelques années, un rituel s'est installé et l'on ne saurait y déroger. On replie les tapis, on pousse les canapés, et moi, je suis chargé de propose mon choix de morceaux à danser. D'année en année donc je puise dans le fonds que je me suis donné : une quinzaine de disques immuables augmentée, au gré de mon humeur ou du hasard de découvertes, de deux ou trois nouveaux... Et je dois dire que ce choix satisfait tout le monde. On sacrifie ainsi à un double rituel : le moment de danse, en tant que tel, et le plaisir d'avoir le plaisir de retrouver, comme à l'identique par rapport à l'année précédente, un choix de morceaux connus, archi connus. De rituel en rituel, c'est ainsi qu'une tradition familiale s'installe qui renforce régulièrement les liens affectifs qui nous unissent.

Je n'ai pas l'intention de citer ici la liste exhaustive des titres  que j'avais choisis. Quelques exemples d'accordéonistes que j'ai, si je puis dire, sollicités, suffiront :

- Ponty Bone
- Jo Privat
- Michel Macias
- Quadro Nuevo
- Clifton Chenier
- Beltuner
- Jo Basile
- Marian Badoï

Auxquels, pour ce réveillon spécialement, j'ai ajouté, nouveaux éléments de mon fonds, ces deux :

- "Manouche Partie", Daniel Givone et Swing of France
- "Turlu Tursu"

Un peu de rock, un peu de valse, un peu de tango, un peu de java, un peu de bossa nova, un peu de forro... Pour un moment heureux, un moment de rituel familial.

lundi 18 décembre 2017

lundi 18 décembre - six versions du "tango pour claude"...

Comme, ce matin,  j'explorais au fil du hasard quelques documents YouTube, par chance j'ai rencontré un solo de Richard Galliano qui forcément a attiré mon attention :

- "Tango pour Claude", Jazz in Marciac, 8 août 2017, 4:03.

https://www.youtube.com/watch?v=YOXNwwfoAj4

Je l'ai écouté plusieurs fois, évidemment. Il s'agit d'une version solo que je dirais classique, au sens où pour ainsi dire on la reconnait d'emblée comme une version de référence de cette composition si célèbre de Richard Galliano. On est en pays de connaissance et l'on y est bien. Il s'agit d'une interprétation récente : Marciac, août 2017. On pourrait la dire aussi emblématique du style de Richard Galliano. Une version qui traverse le temps. Une version capable de générer de multiples variantes.

C'est ainsi que j'ai eu envie d'explorer d'autres versions. Je n'ai par cherché l'exhaustivité. Je m'en suis tenu à une exploration de survol de nos disques de Richard Galliano et j'en ai retenu les cinq versions ci-dessous qui, a contrario, ne sont justement pas classiques. Cinq versions spécifiques qui prouvent assez eu égard à leur diversité la cohérence et la solidité de ce tango capable d'en inspirer maintes autres.

Je retiens donc...

- 2004, "Concerts / Michel Portal, Richard Galliano". Dreyfus Jazz. Titre 1. 5:12. M. Portal, clarinette.

- 2008, "Ten Years Ago / Richard Galliano, Brussels Jazz Orchestra", Milan, Titre 5. 4:09. Il s'agit d'un solo.

- 2016, "Richard Galliano / New Jazz Musette", Ponderosa Music et Art, Cd 2, Titre 3. 4:09. En quartet avec Sylvain Luc, Guitar, Philippe Aerts, Acoustic Bass,  André Ceccarelli, Drums.

- 2016, "Jean-François Durez meets Richard Galliano with the Valentiana Orchestra". Music Square Indésens, Titre 1, 4:24. J.-F. Durez : vibraphone, marimba, piano.

- 2017, "Richard Galliano, Thierry Escaich / Aria", Jade, Titre 11, 4:51. Th. Escaich : orgue.



jeudi 14 décembre 2017

jeudi 14 décembre - quelques notions pour parler de richard galliano...

Je suis souvent amusé par la perplexité de plusieurs de nos copains qui restent perplexes devant notre intérêt pour l'accordéon et, plus spécialement, devant notre admiration inconditionnelle pour Richard Galliano.  Certes pour leur donner des preuves que cette admiration est bien fondée on dispose de cds, de dvds ou de documents YouTube. Souvent, en les découvrant, ils sont surpris et s'ils ne partagent pas d'emblée notre enthousiasme ils commencent à le comprendre...

Mais, à côté de ces enregistrements sur différents supports, je me suis demandé quelles notions, pour moi, seraient pertinentes pour expliquer avec des mots nos sentiments. Un rapide tour d'horizon m'en a fait retenir les suivantes plus ou moins semblables ou opposées entre elles.

- permanence et créativité. De disque en disque, de concert en concert, Galliano, c'est Galliano... c'est à dire qu'on y retrouve son style et en même temps - mais c'est encore son style - des fulgurances, des effets surprenants qui lui appartiennent en propre.
- un et multiple. Deux notions proches des deux précédentes. Richard Galliano est unique. Il n'a pas d'imitateurs. Peut-être en effet est-il inimitable. En même temps, parcourir son œuvre, c'est le suivre sous des formes sans cesse changeantes et multiples.
- évidence et présence : ce sont les deux notions qui me paraissent les plus significatives de son style. En quelque endroit qu'il se manifeste, quelques secondes lui suffisent pour imposer sa présence et son jeu comme une évidence : quelque chose a lieu. Le temps est suspendu. L'espace aussi.
- même et autre. Deux notions déjà présentes dans les précédentes. Assister à un concert de Richard Galliano, c'est le retrouver tel qu'en lui-même, c'est à dire prévisible et imprévisible ; prévisible aussi parce qu'il y a toujours un certain moment où il surprend, imprévisible.
- énergie et maîtrise.  Deux notions souvent contradictoires et exclusives réciproquement. Chez Richard Galliano, deux attitudes qui se combinent harmonieusement. Il déchaine la tempête ; il nous cloue au fond de nos sièges et, en même temps, on le suit de confiance tant, on le voit bien, il sait parfaitement où il va... Il joue de l'accordéon debout !
- tradition et innovation. Par exemple, il y a peu, "La vie en rose", mais aussi "new musette" ou "new jazz musette", sans parler des albums récents avec Jean-François Durez ou Thierry Escaich.  Ou encore, Bach et le forro...

Un jeu de notions qui ne sont dépassées par aucune synthèse qui les ferait coexister, mais qui tout au contraire existent comme un jeu de tensions entre des pôles opposées, un jeu de tensions qui sont le propre du style de Richard Galliano.  Soyons pédant : un jeu de tensions et d'interactions qui sont comme la définition même de son idiosyncrasie !