dimanche 9 septembre 2012

lundi 10 septembre - malenki minki et autres observations urbotaniques

Jeudi dernier, en allant déposer du courrier au bureau de poste de l'Ousse-des-Bois, mon attention a été attirée par un étrange totem planté le long de la rue, sur un espace d'environ 100 m x 25, bordé de grands arbres. Tout de suite après, je me suis rendu compte qu'il y avait sur ce même espace deux autres totems identiques. Disons à 25 mètres de part et d'autre de celui que j'avais vu d'abord.

Nous sommes revenus à cet endroit dimanche matin, car il s'y tient un marché, vivant et coloré. On y trouve des pains, des gâteaux, les uns originaires du Béarn ou des Landes, comme le pastis, d'autres venus du Maghreb, du couscous ou des cailles, des fruits et des légumes, des fringues, des chaussures, des djellabas ou des robes, du matériel de cuisine, etc... etc... Plusieurs communautés se côtoient ; les voitures sont garées sur les trottoirs et même sur les pistes cyclables. Beaucoup de femmes, de tous âges, portent un voile plus ou moins intégral. Qui souvent laisse apercevoir des maquillages assez sophistiqués. Les hommes discutent avec de grands gestes. En tout cas avec force exclamations.

Si l'on s'éloigne un peu, on peut croiser des jeunes gens, assis dans des voitures plutôt grosses, plutôt allemandes et plutôt récentes. Ils semblent somnoler, mais en fait je crois qu'ils surveillent leur petit commerce. Leur petite entreprise ne connait pas la crise.




Mais j'en reviens à mes totems. Eh bien, ce dimanche matin, comme tous les dimanches, de longs filaments colorés sont sortis de leur corps et, comme les bras d'une glycine à la recherche d'un point où s'accrocher, ils rejoignent les étals le long de la rue.
  

On dirait que ces filaments sont nécessaires à la bonne vie de ce marché ; comme s'ils lui fournissait un fluide vital.


Sur le chemin du retour, on s'est arrêté une minute devant ce nénuphar, au milieu de la rue, et cette ouverture d'un terrier qui, de toute évidence, a été aménagé par des Zurbains. Cette grille en effet n'a rien de naturel. Je note que d'autres Zurbains ont pris soin de déposer à l'entrée du terrier de la nourriture pour les animaux qui l'occupent : vieux papiers, tickets divers, bouteilles de bière, cannettes. Très généreux ! Mais je note aussi, à côté de cet environnement aménagé, très cartésien quant à sa forme, qu'une herbe folle, pré-urbaine, a poussé dans un bord de trottoir, profitant d'un interstice entre le granit et le bitume.  On ne se débarrasse pas si facilement de la nature naturelle.


En arrivant chez nous, devant le portail, une plante, bien vivace, avec ses fleurs, bien vivace malgré le passage, il y a deux mois, d'un ouvrier de la ville muni d'une sorte de lance-flammes et chargé de carboniser tout ce qui bougeait ou était sur le point de verdir.


Cette vie de la nature m'a rappelé, en rentrant à la maison, un album, que j'aime beaucoup, de Philippe Ollivier au bandonépon. Disque étrange, intitulé "Malenki Minki / Musique en liberté dans la zone interdite". Enregistrement live dans la zone interdite de Tchernobyl en 2008. Il s'agit du son enregistré au cours d'une même journée. Séance d'improvisation ou, ce serait plus juste, de méditation. Un son hypnotique, en particulier "Haute tension", d'une durée de 15 minutes. Autre morceau envoutant : "Discussion entre mouche, oiseaux et bandonéon".

On peut écouter l'ensemble des titres sur Deezer. A mon sens, à écouter toutes autres affaires cessantes. Il faut se donner en effet le temps pour se laisser immerger dans cet univers immobile et sans sons fabriqués.

http://www.deezer.com/fr/music/philippe-ollivier/malenki-minki-739447


J'ai pensé à cette oeuvre étrange et fascinante de Philippe Ollivier en croisant, sur ma route, les deux phénomènes que je citais ci-dessus, où l'on voit la nature, malgré tout, ressurgir et regagner du terrain. En tout cas manifestant la permanence de la nature. Je pense aussi à des documentaires que j'ai vus récemment sur l'après-Tchernobyl, documentaires qui m'ont troublé : on y voit se développer une végétation luxuriante, y compris à l'intérieur des habitations abandonnées, on y voit des animaux en masse, on n'y voit pas de monstres et j'en suis étonné. Un monde paradoxal prolifère ici de façon anarchique, paradoxal comme le sous-titre de l'album qui n'hésite pas à mettre en présence liberté et interdit...

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