vendredi 13 juillet 2012

samedi 14 juillet - à propos de vin, d'accordéon et du dernier opus de sonia rekis

Dans la famille, on aime bien conserver les "cadavres". Pas tous ; on n'est pas chez Ionesco ; mais tout de même quelques uns. On les met généralement sur une bibliothèque, sur une étagère, sur une armoire et, de temps en temps, ils nous rappellent de bons souvenirs. C'est ainsi que ce matin mon regard a été attiré par cette bouteille de Sainte Croix du Mont et tout aussitôt le souvenir de moments heureux m'est remonté à la mémoire.





Tout en la regardant, pour ne pas dire tout en la contemplant, tant c'est pour moi une quasi oeuvre d'art, en tout cas un objet culturel de haute culture, l'idée m'est venue d'analogies fortes entre le vin et certains de nos albums d'accordéon.

Il y a en effet de ces vins, comme des albums, qui peuvent être assimilés au vin nouveau. Comme le Beaujolais ou le Gaillac. On les découvre, bien décidés à s'émerveiller ; on les boit ; on dit qu'ils sont gouleyants ; on en re-boit et puis on les oublie. Comme dit la chanson :"C'est du passé ; n'en parlons plus". Sitôt bus, sitôt oubliés. Bien sûr je ne citerai ici aucun album de cette sorte. Et pourtant, ils sont nombreux.

Mais il y a aussi ces albums qui me font penser à ce que l'on appelle du vin de garde. Plus on attendra, meilleurs ils seront. Dans cette catégorie, avec certains Médoc, Saint-Emilion, Graves ou Sauternes, je classe sans hésitations Galliano, Piazzolla, Mille, Suarez, Peirani, Maurice et quelques autres que l'on peut à tout instant sortir de sa cave à disques. L'attente n'est jamais déçue. Mieux même, le temps passant, comme on apprend toujours en écoutant des disques nouveaux, on se fait l'oreille et l'on découvre dans ces trésors des saveurs d'abord inaperçues.

 Et puis il y a une troisième catégorie de bouteilles et d'albums. Il y a des bouteilles que l'on boit entre copains, que l'on déguste à petites doses en s'émerveillant de tels bonheurs. Bonheurs multipliés à l'infini par l'effet de la parole. Sans s'en rendre compte, parfois, sinon souvent,  on quitte la table et l'on se sépare et ce n'est que le lendemain que l'on s'avise qu'il reste un fond non bu. Alors, on le vide à l'apéro ou avec un toast de foie gras ou de fromage du pays. Et c'est un pur délice. Tant d'arômes insoupçonnés. pour peu, on les aurait manqués.

Eh bien, justement, j'ai un exemple du même type quant à l'accordéon. C'est l'album "Le sentier du trèfle" du trio Sonia Rekis, accordéon, Eric Legrand, guitare, Erich Pralat, contrebasse. Je l'avais beaucoup aimé lors de sa sortie. Je l'avais écouté beaucoup, puis un peu moins. Et voilà que cette bouteille de Sainte Croix du Mont m'a donné envie d'y revenir. Des fois qu'il resterait au fond des richesses inaperçues. Eh bien, justement, il en restait plein. Je n'ai certes pas découvert à nouveau "Parrain Tango" ou "Plume d'été" ou "Larmes d'ondines" ou "Quai de Bourbon" ou "Les oreilles rouges"... mais j'ai écouté avec bonheur leurs mélodies et j'y ai perçu une complexité qui parfois m'avait échappé. J'ai donc dégusté chaque morceau, tellement heureux de constater qu'il y avait chaque fois quelque plaisir nouveau à éprouver.

Du coup, je me dis que cet album a sa place parmi mes albums de garde. Au fil des années, c'est sûr, il va se bonifier.

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