lundi 17 mai 2010

mardi 18 mai - impressions autour du festival de trentels

Pour qu'un festival soit réussi, il faut nécessairement de bons concerts, mais ce n'est pas suffisant. Il faut de surcroît un certain nombre d'éléments ou d'ingrédients qui contribuent à créer un environnement favorable. Le festival stricto sensu et son environnement sont indissociables. Un festival, c'est fait de concerts, et c'est plus que la somme des concerts qui en constituent le programme stricto sensu. Ces deux caractéristiques définissent un festival comme un système. Un système d'actions et d'impressions. Un tout quasi organique, en tout cas vivant. Fragile comme la vie même ou le plaisir.


Pour nous, cette 7 ème édition a été une totale réussite. Sans doute parce qu'elle comportait les deux caractéristiques formelles que je relevais ci-dessus. C'est ce que je vais essayer de vérifier maintenant.



D'abord, quelques jours avant le 13 mai, jour d'ouverture du festival et date de son récital, à l'occasion d'un échange de courriels relatifs à "Iceberg", Pascal Contet m'informe qu'il arrivera à Toulouse-Blagnac à 11h45 en provenance du Sénégal via Paris. Et il me propose, si cela nous fait plaisir, de faire route ensemble. Evidemment, nous n'hésitons pas une seconde. Certes, rejoindre Trentels depuis Pau par Toulouse, le détour allonge le parcours de 200 kilomètres, mais c'est aussi l'occasion de faire étape chez "les petits" et surtout de "parler accordéon" avec Pascal pendant les deux heures de trajet. Là-dessus, Elisabeth, une amie accordéoniste et fidèle du festival, qui fait étape à Toulouse chez Jean-Marc, qui ne rejoindra Trentels que vendredi, nous demande de bien vouloir la voiturer. C'est ainsi que notre comité d'accueil retrouve Pascal à sa descente d'avion : petit bagage, plutôt léger vu l'état du temps, pluvieux et froid, mais gros accordéon.



Dès les présentations faites, en route pour Trentels. Chemin faisant, nous liquidons le contenu de la glacière que Françoise a remplie de "bonnes choses" : canapés de foie gras, toasts ananas-fromage rapé passés au four, fines tranches de fromages du pays, jambon de Bayonne en chiffonade ; cidre, jus de fruits, eau gazeuse ; tomates-cerises, fraises ; que sais-je encore ? La conversation est agréable. Pascal évoque ses projets : on sent bien à quel point sa passion le pousse à multiplier les rencontres. On parle de sa collaboration récente avec Marie-Christine Barrault et de son disque enregistré avec Wu Wei, "Iceberg". On le sent prêt à toutes les aventures pour la promotion de l'accordéon. Par exemple, les dimanches de juillet sur France Musique.



Il s'assoupit durant le dernier quart du parcours. A l'arrivée chez Anne-Marie et André Bonneilh, la table est mise. Deux techniciens déjeunent. On s'attable et l'on attaque les manchons de canard accompagnés de pâtes. Et de vin de Cahors. Et encore des fromages et une tarte à la rhubarbe.



Après le repas et avant une courte sieste, repérage de l'église. Son acoustique satisfait Pascal. Mais comme décidément il fait vraiment froid, je lui prête mon col roulé pour le récital. C'est ainsi que sur les photographies que je publierai bientôt, on peut voir mon pull sous sa chemise. Je l'envie un peu d'avoir ainsi participé à la prestation de Pascal et d'avoir côtoyé d'aussi près son Ballone Burini.



L'église n'est pas très grande, mais elle est pleine de monde. Le récital est magnifique. Je dois dire d'ailleurs que depuis cet événement je n'écoute plus de la même manière les albums de Pascal. Sa présence a radicalement modifié ma perception de ses enregistrements. Comme si celle-ci avait franchi un seuil qualitatif. Impression difficile à expliciter, mais manifeste. Je pense à la photographie où parfois un tout petit écart suffit pour modifier du tout au tout le point de vue, le cadre, la perspective et le jeu des ombres et lumières, autrement dit l'objet perçu lui-même. En l'occurrence, c'est comme si la présence live de Pascal était désormais inhérente à l'écoute de ses disques.



Après le concert, petit souper chez les Bonneilh avec quelques amis. Et du Cahors. On se quitte vers deux heures. Il est vrai que Pascal doit repartir demain matin à 7 heures. J'allais oublier : je garde précieusement les quelques mots pleins d'amitié qu'il a écrits à mon intention sur la couverture d'"Iceberg".



Vendredi, concert à partir de 20h30. La salle des fêtes est remplie de tables de deux à quatre personnes. Nous sommes idéalement placés : Elisabeth, Jean-Marc, Françoise et moi. En attendant que la musique commence, on peut se restaurer : assiette iranienne et Cahors ! Tout en dînant, on salue des bénévoles ou des habitués du festival, on échange quelques mots. On est plein d'espoir. Stéphane Morel, venu de Bordeaux, vient nous retrouver : il nous parle de son atelier d'accordéons, de son projet de présentation quasi encyclopédique de l'accordéon dans tous ses états. Il parle technologie de l'accordéon avec Jean-Marc. Je l'écoute et c'est passionnant.



Le premier concert ou la rencontre de percussions iraniennes avec l'imagination débridée de Michel Macias. Un duo qui cherche et qui est en train de prendre forme. Je ne sais pourquoi mais je pense à une rencontre entre deux forces élémentaires : la Terre et le Feu.



Le second concert, c'est "une ligne claire". J'entends par là, des mélodies lumineuses, un phrasé impeccable. Je reste fasciné par la précision et la clarté du jeu des deux musiciens. Et admiratif de sentir qu'ils restent toujours en-deça de la virtuosité dont ils seraient capables. A l'issue du concert, parmi les nombreux disques de Leuchter ou de Melrose, j'en choisis deux :



- "Arabesque" de M. Leuchter

- "Vis-à-vis" de Leuchter et I. Melrose. Comme ils nous rejoignent alors que nous nous attardons pour prolonger notre plaisir en le commentant, je leur demande de bien vouloir me signer ce disque. Comme la couverture est très sombre, leur signature est plutôt gravée à la pointe du stylo.



On arrive à l'hôtel vers 1 heure et demie. Le lendemain, samedi, après une petite visite à Penne d'Agenais et un déjeuner à Tournon, une bastide sur une sorte de piton rocheux, à 17 heures précises, retour àTrentels devant la mairie. Nous sommes une quinzaine de personnes. Nous nous connaissons tous. On parle des concerts de la veille ; on commence à construire nos attentes des concerts à venir. L'objet de notre présence ? Hier, de manière tout à fait spontanée et impromptue, Chango Spasiuk a proposé à Anne-Marie de faire une présentation du chamamé, disons une petite conférence. Au début, il cherchait ses expressions, comme s'il voulait traduire au plus juste sa pensée et surtout nous communiquer en quoi consiste l'essence de cette musique. Musique métisse, musique traditionnelle et cependant toujours en évolution, musique codée et cependant vivante car chaque interprète se l'approprie à sa façon. En tout cas, à l'occasion de cette rencontre, qui prend finalement forme d'un échange de questions et de réponses, je prends conscience de la dimension quasi sacrée, quasi mystique de cette musique. J'avais eu le même sentiment un jour en écoutant Barboza parler du chamamé et distinguer celui-ci, rural, du tango urbain. Et puis, il y a l'émotion de voir Spasiuk illustrer ses propos, ici, maintenant, en quelques mesures ou se lancer dans une improvisation courte mais fulgurante.
Emotion aussi quand il me signe son album "Pynandi, Los Descalzos" d'un étrange signe cabalistique.

A 19 heures, on se retrouve, les oreilles pleines d'étoiles. Assiette argentine et Cahors. Cahors, encore et encore ! En attendant le premier concert, on échange nos impressions, qui commencent à se développer et à se multiplier comme une sorte de réseau ou comme une boule de neige, chacun renforçant par ses propos les impressions des autres. Ce premier concert, justement, du duo Heim, accordéon, et Thorel, violon, est une découverte pour moi. Une heureuse découverte. Au fur et à mesure des morceaux, on sent qu'un accord se forme entre le public et les deux musiciens. Ils prennent de plus en plus confiance ; ils se sentent de plus en plus soutenus par les réactions des gens, à tel point qu'ils se lancent pour un dernier rappel dans l'exécution d'un morceau qu'ils n'ont jusqu'ici jamais joué live. A la fin, on sent bien qu'ils sont heureux et nous aussi.

Je profite de l'entr'acte pour faire signer par François Heim son disque "François Heim et la Sainte Famille". On parle de son site, de ses projets. Il me dit à quel point il est satisfait de cette soirée.

En seconde partie, le quartet de Spasiuk. Tenues noires. Pour Spasiuk, une couverture rouge sur les genoux pour poser son accordéon. A plusieurs reprises, que ce soit en l'écoutant ou en le regardant, je ne peux m'empêcher de penser à une musique de transes. Au moment des rappels, les gens applaudissent debout.

On reste encore longtemps à discuter. On conçoit mal que ce 7 ème festival "des musiques d'ici et du monde" puisse être terminé. C'est pourquoi le lendemain matin en repartant vers Pau nous nous arrêtons sur le site du festival. Le temps de nous dire au revoir avec Anne-Marie et André, le temps de saluer quelques bénévoles.

Evidemment, la route du retour est pleine de nos impressions. On a hâte de visionner les photos. A vingt kilomètres de Pau, une averse nous accueille. Il fait froid. Il est temps de redescendre sur terre.

Demain, c'est sûr, je m'attaque aux photonotes.

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