mardi 10 novembre 2009

jeudi 12 novembre - musette et expression personnelle

Dans le dernier numéro de la revue "Accordéon & accordéonistes", on peut lire les deux propos ci-dessous :

- page 31, Alain Musichini répond ceci :"[...] je reste fidèle au bal musette avec mon orchestre. Mais je veux aussi me donner à une autre musique. Celle qui me permet de swinguer et d'improviser sans retenue. De m'exprimer à ma façon, comme je le ressens".

- page 38, Alexandre Léauthaud : "J'ai fait beaucoup de musette mais, à un moment donné, j'ai ressenti le besoin de me démarquer. Je ne nie rien de ce que j'ai pu faire, sauf que je n'aime pas la technique seule, le creux, le manque d'émotion. Je voulais exprimer une partie de moi, que je ne pouvais faire en proposant un certain répertoire. J'avais envie de découvrir d'autres univers, de jouer une musique qui émeut. [...] J'ai voulu éviter de faire ce que j'appelle parfois de la prostitution musicale. Car j'ai eu l'impression que je ne jouais pas ce que j'étais. J'ai alors découvert le répertoire et la culture française autour de cet instrument [l'accordéon]. Je m'inspirais d'influences diverses et découvrais aussi d'autres rythmes : latino, Europe de l'Est, pop, rock et chanson française".

J'ai toujours perçu le musette comme une expression de l'extériorité pure jusqu'à cette caricature qui est la virtuosité pour la virtuosité, le trop plein de notes jusqu'à l'écoeurement. Et j'entends les propos de ces deux accordéonistes comme l'expression de l'exigence d'intériorité, comme le désir impérieux de donner à entendre sa personnalité, soi-même en son intimité. Cette opinion me conduit même jusquà ce paradoxe que je n'arrive pas à reconnaître dans la catégorie du musette les accordéonistes, pourtant classés comme tels, qui me touchent par justement leur intériorité. Par exemple, Jo Privat. Lorsqu'il est vraiment lui-même, pour moi, il est au-delà de ce qui définit ce style.

C'est dire que les propos que j'ai cités viennent me conforter dans mon jugement. Mais justement, comme ils apportent de l'eau à mon moulin, je me donne le temps d'examiner mon sentiment de manière critique. Même si, je l'avoue, les disques classifiés "musette" dans la rubrique "chroniques" me renforcent dans ma position. A savoir que "musette" rime trop souvent avec "marchand de soupe". Pour s'en convaincre, lire par exemple la chronique consacrée au coffret de 2 cds "Accordéon / souvenir guinguette, souvenir musette". Je cite les deux dernières phrases : "Dire que n'importe qui fait n'importe quoi et qu'on prend les gens pour des imbéciles est un doux euphémisme. Ces bêtises mises à part, c'est une belle affaire à ne pas louper". Je ne peux croire ce que je crois comprendre, à savoir que les amateurs d'accordéon, à condition d'être imbéciles et heureux de l'être, y trouveront leur compte.

1 commentaires:

Blogger Olivier a dit...

Bonjour,

Lecteur assidu de votre blog, je partage largement vos goûts et vos analyses.
Accordéoniste moi-même (je pratique très occasionnellement), je fais partie d'une génération (j'ai 47 ans) qui n'osait avouer sa pratique de cet instrument au potentiel encore largement inexploité.
A mes débuts, comme beaucoup de jeunes accordéonistes de la "France profonde", les professeurs ne proposaient à leurs élèves que le répertoire musette :
1 - parce qu'ils ne connaissaient que ça (ils étaient très souvent accordéoniste de bal)
2 - parce que ce répertoire facile leur permettaient de placer en bonne place leurs élèves aux concours sans trop "forcer".
De fait, là encore comme beaucoup à l'époque (j'avais 14 / 15 ans), j'ai annoncé à mes parents mon souhaits d'arrêter.
Finalement, ils ont changé mon vieux professeur "musetteux" d'origine italienne pour une jeune professeure à la formation classique qui m'a fait redécouvrir l'accordéon sous un jour nouveau. Depuis, je me suis véritablement passionné pour cet instrument qui m'a poussé à découvrir tous les styles autres que le musette largement critiqué aujourd'hui.
Toutefois, quant on parle de musette, on parle encore trop largement de cette soupe jouée sur des accordéons à paillettes multicolores par des accordéonnistes aux dents blanches et au sourire figé entourés de danseuses emplumées.
Pour moi, il reste une face du musette, très dépouillée quand elle est effleurée par Marc Perrone ou Daniel Dénécheau ou parfois plus élaboré quand il est joué sur des instruments moins grossiers, qui conserve une âme sensible.
Donc, je ne peux donc me résoudre à rejeter le musette en bloc. Pouvons-nous d'ailleurs tous rejeter ce style?
Quoique nous fassions ou que nous en pensions, ne fait-il pas partie de ce qui nous identifie aux yeux des étrangers en tant que français (en plus du béret et de la baguette, ce qui est j'en conviens donne une image déclassée...), comme le blues identifie les américains, le fado les portugais, le tango les argentin?
Sachons noblement pratiquer et renouveler ce style de musique qui est avant tout populaire sans le rendre vulgaire.
Merci en tout cas pour votre blog et le travail réalisé avec une passion sincère et un réel raffinement.
Sincèrement.

Olivier Pichot

12 novembre 2009 à 06:54  

Enregistrer un commentaire

Abonnement Publier les commentaires [Atom]

<< Accueil