mardi 18 juin 2013

mardi 18 juin - le dernier opus de frédéric viale : "la belle chose"

De Frédéric Viale, je connaissais ses deux premiers albums : "Paradise", enregistré en 2004, et "Lames latines", enregistré à Rio et à Paris en octobre et novembre 2008.  Deux albums, une inspiration commune : les rythmes brésiliens. En tout cas, deux beaux disques marqués au coin d'une forte personnalité, exigeante et attachante. Deux disques de lumière. Et voilà qu'à présent, depuis hier précisément, je suis en train de découvrir son troisième opus : "La belle chose", 2013, Diapason.  Enregistré les 8, 9 et 10 février 2013.


"La belle chose", un titre énigmatique, qui donne envie d'écouter ce qu'il cache. En tout cas, "La belle chose" est un bel objet. Pour moi, en effet, un album ne se réduit pas à un simple flux sonore, même si le son en est la composante essentielle. Un album ne peut se réduire à ce qu'on en peut télécharger, car la musique qu'il recèle a besoin d'un environnement matériel, concret, manipulable. C'est ainsi du moins que je sens mon rapport immédiat à un album. C'est pourquoi, en ce qui concerne "La belle chose", je suis sensible à la photo de couverture, à la fabrication de la pochette et aux textes de présentation d'une part de l'album, d'autre part de chacun des onze titres. Chaque morceau en effet est situé, cadré, contextualisé en deux ou trois lignes et cette manière de s'adresser à l'amateur de musique que je suis me plait beaucoup. Attention de l'artiste qui me touche. Je pense au travail analogue fait par Richard Galliano pour les onze morceaux de "New York Tango".

La photographie de couverture, un portrait, est belle et fort intéressante. C'est d'abord un regard et pas n'importe lequel : un regard introspectif ou intérieur. Qui donne le climat de l'album. Influence brésilienne forte et, en même temps, une douceur que l'on reconnait bien dans le regard tourné vers son monde intérieur de Frédéric Viale. J'ajoute que les couleurs de la pochette m'ont aussi bien plu : noir, brun, jaune. Un climat.

Le texte d'accompagnement cite les noms des musiciens du quartet. Outre F. Viale, accordéon, bandonéon et accordina, Nelson Veras, guitare, Natallino Neto, basse, Zaza Desiderio, batterie, auxquels se joint Emanuele Cisi, saxo ténor, pour trois titres. L'énoncé de leurs patronymes suffit à dire leur origine et à suggérer ce que sera le climat de l'album. Onze titres composés et arrangés par F. Viale sauf  "La chanson des vieux amants" de J. Brel et "Valsa sem Nome" de Baden Powell et Vicinius de Moraes. En tout cas, une belle complicité dans une atmosphère de grande liberté, d'organisation rigoureuse et de libre improvisation, qui se sent dès la première écoute.

Au verso de la pochette, un portrait de F. Viale avec, à ses pieds, un Victoria. On peut alors penser à un autre accordéoniste attaché à son Victoria : Richard Galliano. Et, me semble-t-il, le rapprochement n'a rien de fortuit. Il y a comme un air de famille entre eux.

Ma première écoute ne me permet pas de pousser très loin l'analyse, mais justement je préfère m'en tenir à mes premières impressions, telles que je les ai notées au fil des titres. Brut de décoffrage !

1. "Locomotango". Ce morceau me fait immédiatement penser à Richard Galliano, son phrasé, sa technique, un certain balancement. Je pense, en vrac, à "Fou rire", à "Chat pître", à "Tango pour Claude", à "Luz Negra" et à d'autres morceaux dont le nom m'échappe. Des phrases comme des cailloux blancs sur le chemin ou comme des signes d'appartenance. Et la guitare de N. Veras.

2. "Valse métisse".  F. Viale parle d' "afro-musette", à ne pas confondre avec l' "affreux musette". Le jeu de mots me plait. 6:35, le temps d'installer un monde : monde circulaire de la valse vs monde linéaire du tango.

3. "La belle chose".  L'intro du saxo ténor ! Un saxo méditatif, plein de douceurs et de feinte fragilité. Une belle mélodie reprise par un accordéon, lui aussi méditatif.

4. "Little Kévin". Une mélodie qui démarre comme une comptine avec une belle présence de Z. Desiderio, de N. Veras et de N. Neto. Un morceau que je qualifierais de polyphonique, avec F. Viale à l'accordina.

5. "Iguaçu". F. Viale décrit ainsi ce morceau :" morceau hybride, naviguant entre le Brésil et l'Argentine". Toujours dans la demi-teinte. Pas d'éclats, pas d'effets faciles.

6. "La chanson des vieux amants" de J. Brel. F. Viale écrit :"Standard de Jacques Brel revisité en m'inspirant de la musique d'Astor Piazziolla. Version intimiste [je confirme]. Je l'imagine chanté par Roberto Goyeneche". Rien à ajouter.

7. "Vendredi 13". En l'écoutant, j'ai pensé à certaines compositions de Marcel Azzola. Un jazz faussement nonchalant. J'ai pensé en particulier à des compositions d'Azzola, Fosset et Caratini. Mais aussi, c'est la même famille, à Art Van Damme. Et puis, la fluidité du saxo ténor de E. Cisi.

8. "At Home".  Encore un morceau méditatif d'une gravité particulière. J'ai l'impression que F. Viale a écouté beaucoup de jazz et qu'il en a fait son miel. Et toujours le saxo pour donner de la profondeur. Une fragilité obstinée.

9. "La Vita del Circo". Un titre très caractéristique de l'album, qui se déploie entre deux pôles complémentaires : rigueur et nonchalance. Une rigueur qui n'exclut pas la liberté d'invention mais tout au contraire la rend possible, une nonchalance apparente qui refuse tous les excès et surtout les effets faciles.

10 et 11. "From Rio to Nice" et "Valsa sem Nome" de Baden Powell et Vicinius de Moraes :  deux morceaux en hommage au Brésil et à la principale source d'inspiration de l'album. Mais aussi référence à la valse et au musette, comme pour dire le retour au pays. Je note à ce sujet que "From Rio to Nice" est le pacours inverse de "Luz Negra". Même et autre. Ces deux derniers morceaux, c'est donc un rappel des sources, des origines, une manière de mettre cartes sur table. Sans oublier le son de l'accordina.

Voilà ! C'est un premier survol. L'exploration ne fait que commencer...

 

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