lundi 3 mai 2010

lundi 3 mai - memento

- Si tu as une petite heure à perdre ce soir, je te ferai goûter un apéritif que j'ai redécouvert, le Picon, plus exactement l'Amer Picon, "apéritif à l'orange depuis 1837". On peut le boire nature ou avec du blanc ou encore avec de la bière. Au choix. A l'occasion, je te raconterai notre petit séjour à Toulouse avec un détour par Carcassonne.
- Carcassonne ?
- Oui. Carcassonne, Aude. Sa cité médièvale, sa bastide et son concert de Richard Galliano en quartet Tangaria.
- Je comprends le détour.
[19 heures. Le Picon, un Pacherenc et trois bières sont au frais. On sonne...]
- Je commence par le commencement. Jeudi, nous sommes arrivés à Toulouse vers 15 h. Nous sommes allés chercher Charlotte et Camille à l'école puis Françoise m'a déposé devant la médiathèque José Cabanis : j'ai rapporté les cds que j'avais empruntés, en particulier ceux de Pascal Contet, et j'en ai emprunté trois autres :
1. "Un ballo liscio", Riccardo Tesi, Silex, 1995. En sous-titre "Bal musette italien".
2. "Misionerita", Raul Barboza et JuanJo Dominguez, La Lichère, 1998
3. "Mauricio Kagel, Solowerke für akkordeon und klavier, Teodoro Anzellotti + Luk Vaes", Winter & Winter, 1998.
Ce dernier avait un petit air connu ; je l'ai quand même emprunté. Je viens de me rendre compte que nous l'avions parmi nos sept disques d'Anzellotti.
- C'est plutôt significatif. Tu ne l'écoutes pas tous les jours.
- Comme tu dis... N'insistons pas ! A 20h30, nous avions un concert dans la salle bleue de l'Espace Croix Baragnon : Pulcinella en création de son prochain opus "Vox Populi". Suivant notre habitude, nous sommes allés reconnaitre les lieux, que nous connaissons parfaitement, vers 19h30.
- C'est plus qu'une habitude, c'est une stratégie.
- Comme tu dis ! En arrivant très à l'avance, on a de grandes chances de faire d'heureuses rencontres. En arrivant donc sous le porche de l'Espace Croix Baragnon, on se trouve nez à nez avec Florian Demonsan, qui sort de répétition. Chaque fois, c'est le même plaisir de se retrouver. On parle de tout, de rien, de choses et d'autres... et de ses projets. Il nous signale qu'il joue les 7 et 8 mai, respectivement à Verfeil, près de Toulouse, sur la route de Lavaur, puis à Grenade. Nous ne sommes pas libres le 8, mais on note le 7 sur notre agenda. Il joue avec le groupe Palokortao une musique inspirée par le flamenco. Il se propose de nous envoyer par courriel les coordonnées du groupe et du festival où il se produira. Un accordéon dans le monde du flamenco. On ne peut pas ne pas aller écouter ça !
- Vous comptez repartir à Toulouse en fin de semaine ?
- Comme tu dis... Un autre Picon ?
- Volontiers...
- Bon ! Je continue. Avant de nous quitter, Florian nous propose, au lieu de rester plantés devant la porte de la salle, de déposer nos vestes pour marquer nos places. Il appelle même le technicien du son pour qu'il nous indique le meilleur endroit et je trouve cette attention vraiment sympathique. On cherche le meilleur compromis entre écoute et prise de photographies. Et puis, on va boire un coup : un verre de Tariquet avec une assiette de tapas.
- Sans vestes, vous n'aviez pas froid ?
- Je reconnais bien là ton prosaïsme. Nos vestes marquaient nos places. C'est ça qui était bien !
- Et le concert ?
- Très agréable. Au moins pour deux raisons : d'abord parce que leur musique nous a fait plaisir, ensuite parce qu'elle évolue, même si leur style reste très reconnaissable.
- C'est-à-dire ?
- Comme tu le sais, c'est un quartet : F. Doumerc, saxophones et flûte, F. Demonsant, accordéon, J.-M. Serpin, contrebasse, F. Cavallin, batterie. Si je dis que je suis d'abord sensible à leur énergie, c'est vrai mais ça ne suffit pas à les caractériser. J'ai envie d'ajouter qu'ils font partie du monde du jazz, mais qu'à mon sens ils ont écouté aussi beaucoup de rock. Il y a une tendance à l'expérimentation sonore, mais toujours contrôlée. On est à la limite du free jazz, mais on ne la franchit pas. A plusieurs reprises, on sent l'humour bien présent, c'est-à-dire une certaine distance entre ce qu'ils jouent et ce qu'ils pourraient jouer s'ils se prenaient au sérieux ou, si tu veux, autrement dit, s'ils se prenaient le chou : intello certes, mais pas trop ! Souvent, on retrouve une sorte de structure : exposition, le plus souvent c'est le rôle du saxo, puis travail de trituration des sons, de malaxage, de mise en pièces, de dislocation, de broyage, de rumination, d'exacerbation, voire d'explosion, et enfin voilà le bébé, reconstitué comme un puzzle improbable. De ce point de vue, je me rappelle encore une certaine tarentelle qui prend des airs de valse candide après avoir laché son venin hystérique de danse de possession. C'est ça aussi l'humour Pulcinella. j'ai bien aimé aussi "Vox Populi", qui annonce bien un disque à venir et qui augure bien de l'avenir du quartet.





A la fin du concert, les musiciens ont invité le public à partager un pot en discutant un peu. Moment très sympathique. On a fait à cette occasion la connaissance du responsable de la programmation de la salle bleue, monsieur Lacroix. On a acheté un cd que le quartet a réalisé lors d'un voyage en Hongrie avec un groupe hongrois : "Panther's Play, Pulcinella / Dzsindzsa", 2009, BMC. Une belle rencontre, qui donne lieu à une formation surprenante, mais efficace : deux contrebassistes, deux batteurs, deux saxophonistes et un accordéoniste. Pulcinella, jazz délocalisé, passe-frontières...
Et puis, avant de retourner à la maison par le métro, on a bu une bière place du Capitole au Café Albert. Une Budweiser dans un verre d'Heineken.

- Et le lendemain, Carcassonne ?
- Comme tu dis... On est arrivé en milieu d'après-midi. On a pu ainsi visiter la bastide en toute tranquillité. On a parcouru les salles du musée de peinture. Il y avait une exposition sur le thème de la musique et de la représentation des instruments. Intéressante. On a pu localiser facilement le théâtre. On a goûté sur la place centrale de la bastide : crèpe et thè de Ceylan plutôt corsé ; on a grignoté avant d'entrer dans le thèâtre : tapas et verre de blanc.
- C'est votre repas-type d'avant concert !
- Comme tu dis... On a rejoint nos places vers 20h pour 20h30. Le temps de découvrir une magnifique salle à l'italienne avec une décoration plutôt modern style. Un lieu très chaleureux. Beaucoup de places étaient retenues avant la mise en location (abonnés, invitations, etc...). Nous sommes au second rang du balcon : un peu loin pour faire des photographies. Très bien pour l'écoute. Le son emplit l'espace et nous entoure de toutes parts. Comment te dire ? Le contraire d'un son frontal. Un son enveloppant.
- Et alors, le concert ?
- Galliano donc en formation quartet, plus précisément Tangaria.



Quoi dire ? L'un des plus beaux concerts de Galliano auxquels nous avons assisté. Je ne sais par où commencer...
- En attendant, verse moi un petit Picon.
- Je ne parle ni de Mejias, ni d'Aerts. On les connait. Aerts, formidable de présence sobre ; Mejias plus sobre que certaines autres fois et, en la circonstance, excellent. Jusqu'ici nous avions vu Tangaria avec Alexis Cardenas au violon. Un volcan, un feu d'artifice, une énergie à couper le souffle. Je pense à Marciac ou à Bordeaux. Pour ce concert, le violoniste est Sébastien Surel. Un jeu magnifique. Serein, calme, moelleux, fluide... Du coup, Galliano aussi. Les morceaux se sont enchainés comme dans un rêve. Quand je laisse tous ces moments magnifiques remonter à ma conscience, je retrouve "Indifférence", l'Aria de Galliano qui tout à coup - magie de l'improvisation - croise "Titine, oh ! ma Titine !", la "Gnossienne n°1", "Chat pitre", la "Valse à Margaux" en duo avec Surel et, in fine, "La Javanaise" repris en choeur par toute la salle. Emouvant. Mais, franchement, les mots me manquent...







Après le concert, on a pris un pot ave Jean-Marc Licavoli et Marjolaine, sa fille , Pierre, un ami accordéoniste, et son premier professeur d'accordéon venu de Montpellier pour l'occasion. J'apprécie beaucoup ces moments, toujours indissolublement liés aux concerts. On échange nos impressions. On a plaisir à évoquer tel ou tel moment. On multiplie ainsi les plaisirs. On parle de tout et de rien. On se promet de se revoir et des rester en contact. Jean-Marc me fait découvrir un disque dont j'ignorais l'existence : "Quai n° 5". Un disque de musiciens à la fois virtuoses et cultivés. Un humour délicieux. Un travail d'appropriation de grandes pièces classiques. Un respect distancié de la tradition. Une distance respectueuse, que permettent justement la culture et la virtuosite des cinq musiciens. Un vrai plaisir de l'esprit.
Nous nous sommes quittés vers 23 heures. En sortant de Carcassonne, j'ai loupé l'autoroute. On a donc rejoint Castelnaudary dans la nuit noire par la nationale. D'une certaine façon, ça nous a rajeunis et puis on a pu parler, à chaud, du concert.
- Eh bien ! Vous n'avez pas chômé !
- Non. nous sommes rentrés samedi en fin de matinée. Parmi les courriels, j'avais une série de liens que m'avait envoyés Sylvie Jamet. Tous intéressants. Vraiment Sylvie a le génie de la recherche ou, mieux, de la trouvaille documentaire ! C'est ça le flair accordéonique ! Il y avait aussi des courriels de Florian avec le site myspace de Palokortao, la formation avec laquelle il joue les 7 et 8 mai dans la région de Toulouse. La rencontre du flamenco et de l'accordéon, j'espère bien que nous pourrons y assister...

- C'est tout ?
- Je crois. Il ne me reste plus qu'à trier les photographies que j'ai prises et à en tirer deux séries de photonotes, Pulcinella à Croix Baragnon d'une part, Tangaria à Carcassonne d'autre part.
- Je reviendrai voir ça. Mets le Picon au frais.

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