mercredi 31 mars 2010

mercredi 31 mars - 1, 2, 3... concerts

Mercredi 24. Je suis allé rendre visite à mes parents à la maison de retraite Saint Joseph, à Nay. Il est 16h30, je suis sur le chemin du retour vers Pau.
A 19h30, nous arrivons à Toulouse, chez "les petits". Nous avons deux projets : jouer "Papou/Mamou" auprès de Charlotte et de Camille et aller écouter trois concerts : Raul Barboza au Bijou, jeudi et vendredi ; Somi de Granadas au Centre occitan des musiques et danses traditionnelles, samedi.

Jeudi 25, 21h30, concert de Raul Barboza et Nardo Gonzales, à la guitare, au Bijou, avenue de Muret, près du rond-point de la patte d'oie. Fidèle à notre habitude, pour ne pas dire à notre stratégie, nous arrivons au Bijou à 20h45. C'est un bistrot chaleureux, plein de bruits de conversations. Une salle tout en longueur avec des tables et des banquettes de deux à trois personnes en face à face sur la gauche et le comptoir à droite. Au fond, l'espace s'élargit, quelques tables carrées et des chaises, puis un guichet et une porte vitrée ouvrant sur une arrière salle d'une capacité de 150 à 200 personnes. Pour l'instant, la porte est fermée. Nous attendons. A 21 heures, la porte s'ouvre. Les chaises sagement alignées face à la scène surélevée de quelques centimètres sont spartiates. La guitare de Nardo Gonzales est à gauche ; l'accordéon de Raul Barboza, à droite. L'organisateur présente le duo en quelques mots ; il demande que l'on éteigne les téléphones mobiles et que l'on ne prenne pas de photos. J'ai coupé le flash et le son du déclencheur de mon Samsung, que je pose discrètement sur mes genoux. Je vise au jugé. Finalement, je "vole" une quarantaine de clichés.

22:28. Dès le premier morceau, on retrouve Barboza tel qu'en lui-même. Pour caractériser son style, une expression me vient à l'esprit :"paroxysmes contrôlés". Il me semble en effet reconnaitre dans chacune de ses interprétations une sorte de structure générique. La mélodie mise en place, c'est comme si une sorte de transe s'emparait de ses doigts et du soufflet de son accordéon. Mais cette pulsation reste toujours contrôlée.

22:39. J'ai beaucoup d'estime pour Barboza en tant que personne. D'ailleurs, comment distinguer la personne et le musicien. C'est un type bien. J'aime la manière dont il situe chaque morceau, en particulier les conditions de chaque composition. On le sent chaleureux, attentif aux gens et à la nature. On sent bien l'étroite complicité qui les unit, son collègue guitariste et lui-même. Il est ému en parlant de son dernier album "Invierno en Paris", dont il reprend plusieurs titres, et surtout en annonçant que ce concert est l'avant-dernier de leur tournée.

23:22. Après le concert, nous avons aperçu Florian Demonsan, sans pouvoir le rejoindre. On aurait bien échangé quelques mots. Nous prenons un pot avec le clarinettiste de Manoeuvre, l'accordéoniste et sa compagne. Moment sympathique où l'on parle de tout et de rien au gré des associations d'idées. Plus tard, Raul Barboza et Nardo Gonzales viennent boire une dernière bière avec des amis. Je leur demande l'autorisation de les photographier. Raul se lève pour nous saluer ; ça amuse Nardo. J'ai l'impression qu'ils ont des capacités de sympathie inépuisables.


vendredi 26, 21h30. Le Bijou. Dernier concert de Raul Barboza et Nardo Gonzales. Un surcroît d'émotion. Comme un bonheur ne vient jamais seul, nous avons emmené Charlotte avec nous. Nous arrivons une heure en avance. "Tu veux un jus de fruits, Chacha ?". "Oui, un jus d'ananas". Les yeux dee Charlotte, dix ans le 5 avril, brillent et elle attend sans impatience le moment d'entrer dans la salle. Quand la porte s'ouvre, le contrôleur lui dit :"Tu es la première, profites-en ! Va choisir ta place, je ferai entrer les gens après". Impressionnant. Elle s'installe au premier rang, un peu à droite, pour bien voir l'accordéon.
Pendant l'attente, nous avons eu le plaisir de retrouver Jean-Marc Licavoli et son copain Pierre, venus avec deux amies. Le temps passe vite. On échange quelques mots aussi avec Jean-Luc Amestoy. Charlotte n'en perd pas une miette.
22:09. Charlotte a bien choisi les places. La présence de Barboza à moins de deux mètres de nous est impressionnante. Entre chaque morceau, il enlève la serviette rouge posée sur sa jambe gauche et il en couvre son accordéon. Il se lève, il salue, il se rassoit, pose sa serviette sur sa jambe, puis reprend son instrument. Il dit alors quelques mots pour situer le morceau qu'il va interpréter. Il cherche les mots justes. Je suis très sensible à ce rituel.
A un certain moment, pour présenter un morceau inspiré par des chutes monumentales du pays guarani, il parle d'imiter leur bruit fantastique, mais il se reprend :"Il ne s'agit pas vraiment d'imiter, il s'agit de les représenter, d'en donner une représentation". Cette précision, ce souci du terme juste, cette attention aux autres, tout cela me touche beaucoup. D'une certaine façon, la musique de Barboza est l'expression d'une vraie philosophie, d'une manière de concevoir et de vivre le rapport au monde naturel et aux autres. Le tout imprégné d'humour.
Ce soir, j'ai beaucoup aimé les interprétations de "La foule", de "Tren expreso", de "Barrio latino" et in fine d'"Adios Nonino".



22:39. Cette photographie me plait bien parce qu'elle a quelque chose, dans la composition et dans les couleurs, de minimaliste. Comme un dessin.


23:07. Celle-ci me plait parce qu'elle me dit que Barboza fait corps avec son accordéon. On dirait qu'il l'écoute lui chuchoter à l'oreille quelque thème et ses variations.



A la fin du concert, "Tu veux prendre un dernier pot, Chacha ?". Oui, évidemment. On s'installe sur les banquettes : Françoise, Charlotte, Jean-Marc, Pierre, leurs deux amies et moi-même. Je suis ému de voir Charlotte attentive à tout ce qui se passe et participant à nos conversations. Comme je vais prendre nos consommations au comptoir, je me rends compte alors que Raul et Nardo sont à côté de moi. Du coup, je leur demande de bien vouloir me signer le billet de Charlotte. Chacun écrit un mot gentil. C'est alors que Raul me dit :"Je voudrais faire un petit cadeau à Charlotte". Il ouvre une boite en carton où il a quelques exemplaires d'"Invierno en Paris". Il m'en donne un :"Pour Charlotte". Je lui dis :"Elle va rougir jusqu'aux oreilles". Il me dit :"Donnez-lui quand nous serons partis". Quelle délicatesse ! Mais je fais signe à Charlotte et elle ne se fait pas prier pour venir faire de grosses bises à Raul et à Nardo.
Plus tard, en sortant du Bijou, je demande à Chacha si c'était bien. Elle me dit :"C'était trop super !".
Le lendemain, samedi, à 21 heures, Somi de Granadas au Conservatoire occitan, rue du pont de tounis. On arrive devant la porte à 20h15. Une personne de l'organisation nous aperçoit et nous propose d'entrer pour nous réchauffer un peu. J'en profite pour acheter un disque de Brotto et Lopez intitulé simplement "Duo"(Production : Presents, org&com ; Distribution : l'Autre Distribution ; 2006) . On retrouve Jean-Marc, l'une de ses amies, accordéoniste, rencontrée hier et son mari. Et toujours ces conversations à bâtons rompus qui font que le temps d'attente passe comme un instant.

Somi de Granadas joue aujourd'hui en trio : Guillaume Lopez, chant, flûtes, saxophones, cornemuse ; Thierry Roques, accordéon ; Pierre Dayraud, batterie, percussions. Ils ont la même présence chaleureuse que Barboza. Leur inspiration vient du plus profond du pays d'Oc avec, comme pour la vigne, des racines profondes qui vont chercher leur sève au sud de l'Espagne et au Maghreb. On peut dire que leur territoire se situe à l'intersection de l'Occitanie, de la Catalogne, de l'Andalousie et du Maghreb. La voix de Guillaume Lopez me touche, car elle a quelque chose de métallique et de soyeux à la fois. Et elle semble remonter à des temps très anciens. Mais elle est moderne aussi. J'ai bien aimé la présence de Pierre Dayraud. pas de fioritures, rien de trop. Juste ! Et que dire de Thierry Roques ? Je l'avais écouté à Buzet sur Tarn. Je l'avais apprécié. Mais ici je l'ai admiré. Qu'il s'agisse d'une bourrée à la façon d'une tarentelle assez troublante comme une incitation à la transe ou de "Los Martinets", il sait tout jouer et le fait bien. Parfois, on explore le musette, parfois on est en terre de jazz, mais c'est toujours du Thierry Roques. Un vrai style, immédiatement identifiable.

samedi 27, 21:34. Roques et Dayraud, accompagnateurs. Lopez chante. On croise des accents flamencos.



21:39. J'aime bien ce profil de Thierry Roques. Calme et comme un peu absent ; l'instant d'après il se déchaine.








22:34. Je suis toujours sensible aux photographies qui montrent l'accordéoniste et son instrument comme une sorte d'être unique, leur rencontre comme un moment fusionnel. Je retrouve cette impression dans cette image.





Après le concert, les organisateurs offrent un pot : jus de fruits ou vin blanc. Allons-y pour le blanc. Sec et tonique. On discute avec les uns et les autres. Je finis par demander aux trois musiciens de bien vouloir me signer nos deux billets de concert. Thierry Roques est amusé par ma demande. Je lui explique qu'il m'a déjà signé son disque à Buzet et que je compte mettre nos deux billets signés dans la pochette de l'album. Il me dit alors :"Vous voulez en faire un collector !"
Peu avant minuit, alors que nous discutons encore sur le trottoir, nous nous rendons compte qu'il fait froid et que c'est bientôt l'heure du dernier métro. Il est temps de rentrer chez soi. L'ami de Jean-Marc et son mari partent chercher leur voiture garée sur le cours Dillon, Jean-Marc rejoint le parking des Carmes et nous deux, nous rejoignons le métro à Esquirol.
Dimanche après-midi, retour à Pau. Lundi, à 11 heures, j'ai rendez-vous à la maison Saint Joseph, à Nay, avec un conseiller financier de la banque postale. Mes parents me signent un procuration pour pouvoir gérer leur ccp. Mon père a en effet de plus en plus de difficultés à tenir ses comptes ; ma mère, les doigts pétrifiés par l'arthrose, ne peut plus tracer de signature identifiable. A midi et quart, je suis de retour à Pau. On décide d'aller déjeuner à l'Ombrière.
Mercredi après-midi, avant notre escapade toulousaine - "1, 2, 3... concerts !" -, j'étais à Nay. Lundi, midi, retour de Nay. La boucle est bouclée.







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