jeudi 7 avril 2011

vendredi 8 avril - je suis un soixante-huitard

Comme le dit si bien la sagesse populaire :"Mieux vaut [soixante-hui]tard que jamais !"

Soixante-huitard, je crois pouvoir dire en effet que je le suis à plusieurs titres. J'en compte au moins trois :

- Le nom commun soixante-huitard désigne une personne qui "a fait soixante-huit". C'est mon cas. Même si, je dois l'avouer, je suis de ceux - assez nombreux, je crois - qui n'avaient pas vu venir mai 68 et qui ensuite n'ont pas toujours tout compris aux soubresauts de l'histoire. Il faut dire que, Françoise et moi, nous avions décidé de nous marier à vingt ans, en 1963, et de nous donner les conditions de notre indépendance. Nos copains et nos parents trouvaient cette décision plutôt risquée. Leurs sentiments allaient de l'inquiètude à l'incompréhension, ce qui forcément nous faisait une obligation de réussite. Ils voyaient un pari là où nous savions qu'il n'était question que de volonté et de détermination. C'est pourquoi de 63 à 68, nous avions investi toutes nos forces physiques et intellectuelles pour mener à terme des études supérieures : lettres classiques pour Françoise, philosophie pour moi. Pas vraiment ce qu'on appelle une vie d'étudiant.
- L'adjectif désigne quelque chose, objet ou idée, qui se rattache à l'esprit de soixante-huit, comme par exemple :"Sous les pavés la plage", "Soyez réaliste, demandez l'impossible !" ou "Elections, piège à cons". C'est encore mon cas. J'ai pu vérifier assez souvent au cours de ma vie professionnelle qu'aux yeux de mes collègues je passais pour avoir des comportements et même des opinions assez soixante-huitards. Et cela m'a toujours amusé. On n'a que les décorations qu'on mérite. Celles-ci, je l'avoue, me convenaient assez.
- Mais, ce n'est pas tout. Soixante-huitard, je le suis encore parce que je suis né le jeudi 8 avril 1943. A l'époque, le jeudi était jour férié pour le monde scolaire, d'où l'expression :"La semaine des quatre jeudis". Ce jour de naissance, comme une pause, une respiration, une incitation à rêver en milieu de semaine, me convient. Et donc, je suis âgé de soixante-huit ans. Dois-je l'avouer, j'ai du mal à m'en convaincre, du moins tant que je ne me regarde pas dans la glace de la salle de bain, quand je me rase ou me lave les dents. "Miroir, mon beau miroir, merci de me mettre les idées en place et les pieds sur terre". J'ai du mal à m'en convaincre aussi parce que je n'arrive pas à imaginer ma conception en juillet 1942. Interrogation qui me hante d'autant plus que je ne l'éluciderai jamais avec mes parents. Je n'aurai jamais osé aborder cette question quasi métaphysique, en tout cas existentielle avec eux. La vie a de ces mystères !

Finalement, à bien y réfléchir, j'ai la conviction que ma passion pour l'accordéon, passion délibérément choisie il y a quelques années, peu avant mon départ en retraite, j'ai la conviction que cette passion n'est pas sans lien avec ce que j'assume d'esprit soixante-huitard. C'est pourquoi beaucoup de nos copains ou même simplement des gens que nous avons cotoyés me trouvent, et Françoise, qui partage ma passion, avec moi, plutôt cocasses ou bizarres. Ils croient d'abord à une posture d'humour, puis ils sont incrédules, puis ceux qui font l'effort d'essayer de nous comprendre bientôt nous sollicitent pour trouver des places de concerts ou s'orienter dans le choix de disques d'accordéon ou de bandonéon.

Bon, on l'a compris, cette situation m'amuse. Du coup, effet-retour de cet amusement, je n'ai pas fini de me référer à cet état d'esprit, à cette vision du monde. J'ai toujours rêvé d'être un petit vieux indigne. La référence à "68" peut m'aider, je crois, à y parvenir. Et même si c'est long, je suis décidé à prendre mon temps.

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