jeudi 21 janvier 2010

vendredi 22 janvier - il y a brésil et brésil...

Hier matin, entre huit et neuf heures, sur France Inter, l'invité est le président du groupe UMP à l'assemblée nationale, Jean-François Copé. Vient une question d'un auditeur sur la rémunération "hénaurme", et donc choquante en ces temps de crise, du moins pour le vulgum pecus, du président d'Edf, question sur son cumul d'un salaire comme président d'Edf et d'une indemnité comme administrateur de Veolia. Passons sur le conflit d'intérêts découlant du statut différent des deux entreprises ; ce n'est que vaine broutille, argutie minable d'une gauche dépourvue d'idées. Evidemment, Jean-François Copé a préparé sa réponse de longue date, d'autant plus que tous les journalistes rencontrés au cours de la journée lui poseront la même question. Cent fois ! Il nous explique donc que l'emploi et la rémunération des pdg de telles entreprises sont un marché mondial et que si nous ne payons pas de tels génies stratégiques à leur juste valeur, ils partiront sous d'autres cieux, vers d'autres paradis fiscaux, et qu'il ne nous restera plus que nos yeux pour pleurer (sic!). C'est un air bien connu. Mais, tout à coup, à ma grande surprise, je l'entends ajouter qu'un tel chef d'entreprise ne fait certainement pas, lui, des "journées de trente-cinq heures" (re-sic!). D'abord, je me dis qu'il s'agit d'un lapsus et qu'il faut comprendre "des semaines de trente-cinq heures". Mais, ça me parait trop simple. Et du coup un abîme s'ouvre devant moi, la prise de conscience est plus que troublante : ces pdgs que l'on dit trop payés, et s'ils étaient capables de "faire" des journées de plus de trente-cinq heures. J'ai vécu jusqu'ici sur l'idée que nous étions tous soumis à cette loi d'airain : pour chacun d'entre nous, les journées ne sont que de vingt-quatre heures. Mais si certains sont capables de se fabriquer du temps, alors je dois bien admettre que leur rémunération rapportée au nombre d'heures travaillées est on ne peut plus "normale". Dois-je l'avouer : je n'avais jamais jusqu'ici vu ce problème sous cet angle. Du coup, les inégalités me paraissent moins choquantes.





Bon ! Un peu écoeuré par la rhétorique du politicien, j'ai éteint la radio. Mais ce faisant, je me suis dit qu'il était bien dommage que les programmes de l'éducation nationale ne comprennent pas un enseignement et un apprentissage de la rhétorique, et que cette pratique soit l'apanage des gens formés au métier d'avocat. Car un tel enseignement et une telle pratique pourraient sans doute servir à démasquer quelques raisonnements sophistiques et déchirer le voile de quelques propos hypocrites. Ce n'est pas demain la veille du jour où l'on verra la rhétorique inscrite aux programmes des lycées, car certains y perdraient beaucoup de leur pouvoir de classe. Maitriser ou non la rhétorique, voilà bien un critère pertinent pour distinguer les classes dominantes et dominées. La rhétorique comme travail critique et comme méthode de vigilance démocratique, voilà bien une idée qui mérite quelque réflexion.





Mais, passons à des choses vraiment sérieuses, loin des gargouillis radiophoniques et de l'écume des informations fabriquées par les machines à décerveler que l'on nomme "les media". A droite de mon ordinateur, sur la table de mon bureau, il y a deux disques :





- "Frank Marocco Groups / Brazilian Waltz"


- "Asa Branca Blues / Oswaldinho do Acordeon"





J'ai reçu le premier mardi, expédié en colis postal par Joël Louveau ; le second, je l'ai trouvé à la Fnac, l'après-midi de ce même jour. On peut dire qu'ils se retrouvent côte à côte par hasard ; on pourrait dire aussi que leur rencontre était probable. Je crois de moins en moins au hasard !





Ces deux disques ont quelque rapport avec le Brésil.. Mais pourtant ils sont fort différents. Le disque de Marocco est pour moi un disque d'intérieur. Je ne l'imagine pas joué sur une scène en plein air. Celui d'Oswaldinho, tout au contraire, demande de l'espace et le grand air. La nuit et ses scintillements d'un côté, le soleil et ses éclats de l'autre.

Chez Marocco, l'on croise Clifford Brown, Cole Porter ou Horace Silver ou encore Fats Waller. On pense à Charlie Parker. Un son flexible, ondoyant, souple, sinueux. Pour le dire en un mot : flexueux ! Un son parfois un peu flou, avec du grain. On croirait écouter un LP 33 tours. Marocco joue de l'accordéon acoustique et de l'accordéon électrique. On croirait écouter un Fender Rhodes, c'est dire qu'on a du velours plein les oreilles. Suave. Avec des dialogues savoureux, par exemple entre l'accordéon de Marocco et le saxophone de Pizzi.

Avec Oswaldinho on croise Hermeto Pascoal, Rodrigo Botter Maio et sa banda, Luis Gonzaga, Chick Corea, Gilberto Gil. Le texte de présentation, succinct mais d'une grande pertinence, fait un rapprochement entre ce "forro" et le "zydeco", entre ce blues brésilien et celui de Clifton Chenier. Il s'agit bien de blues en effet et de jazz. Par comparaison avec le disque de Marocco, il faudrait ici parler de vitalité, d'énergie, de langueurs et d'explosions... Oswaldinho joue de l'accordéon acoustique et de l'accordéon midi. Autres générations : Marocco, accordéon électrique ; Oswaldinho, accordéon midi.

L'un et l'autre avancent vers nous à visage découvert et l'on éprouve immédiatement de la sympathie pour leur générosité. D'une certaine façon, on peut dire qu'ils sont dépourvus de toute hypocrisie. C'est pour cela aussi que je les écoute avec autant de plaisir.

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